L’annonce par le président Félix-Antoine Tshisekedi de l’ouverture d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État suscite un débat fondamental sur la méthode choisie pour résoudre la crise sécuritaire dans l’est de la République Démocratique du Congo. Au cœur des interrogations et des critiques : le choix délibéré d’exclure de la table des négociations nationales les groupes armés et les belligérants actifs, à commencer par l’alliance AFC/M23. La Convention pour la Révolution Populaire, CRP de Thomas Lubanga, une autre rébellion active en Ituri ne sera pas aussi de la partie
Le discours présidentiel établit une ligne rouge extrêmement claire pour séparer le débat démocratique des actions des groupes insurgés. Refusant catégoriquement d’accorder une quelconque légitimité politique ou un droit supérieur à ceux qui ont pris les armes, le pouvoir fixe les limites du cadre républicain.
« Nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques […]. Mais nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle ».
Le Dialogue national s’adresse ainsi prioritairement aux forces vives notamment la société civile, les politiques, les autorités coutumières, la jeunesse et les confessions religieuses, tandis que les aspects purement militaires, tels que le désarmement ou la cessation des hostilités, sont renvoyés aux canaux diplomatiques de Doha et de Washington.
Cette posture soulève néanmoins un questionnement sécuritaire majeur auprès de nombreux observateurs. Peut-on réellement faire taire les armes sans faire s’asseoir autour de la table ceux qui les détiennent sur le terrain ? En isolant hermétiquement les réformes institutionnelles de la résolution directe des affrontements armés, le risque demeure de voir s’installer un décalage entre les engagements pris à Kinshasa et la réalité du front militaire.
On peut souligner ainsi la difficulté historique d’obtenir un désarmement effectif et durable sans une implication ou une négociation directe intégrant les belligérants.
Pour contrer ces réserves, le chef de l’État fait le choix d’une approche à double détente : traiter les causes profondes et la gouvernance en interne pour fortifier la République, tout en gérant le conflit et le retrait des troupes étrangères par la voie de la diplomatie régionale et internationale.
Pour justifier cette méthodologie qui refuse toute prime à la violence ou amnistie générale pour les crimes graves, l’exécutif martèle sa position : « Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 […]. Le Dialogue national ne se substituera pas à ce processus. Il ne deviendra pas davantage une voie parallèle permettant d’obtenir par les armes ce que la démocratie et l’ordre constitutionnel n’ont pas accordé ».
Et si les démarches diplomatiques échouaient ? Quel cadre accordé à la CRP pour résoudre la crise qu’elle a créée en Ituri, malgré le retour de quelques uns de ses cadre ?
Le Dialogue national engagé repose sur un pari politique majeur : prouver que la refondation d’un État et la paix durable s’acquièrent par la consolidation des institutions républicaines et l’écoute des citoyens, et non par des concessions politiques accordées sous la pression des armes. La réussite de ce processus dépendra de sa capacité à transformer ce débat citoyen en résultats sécuritaires et institutionnels concrets pour les populations touchées par la guerre.
Rédaction