L’exploitation du pétrole peut représenter une importante opportunité pour la République démocratique du Congo. Elle peut permettre d’accroître les recettes de l’État, de créer des emplois, de développer les infrastructures et de stimuler l’industrialisation. Mais cette activité comporte également des risques, notamment la pollution des eaux et des sols, la perturbation de la pêche et de l’agriculture, ainsi que les conflits liés aux terres et aux ressources.
En Ituri, ces enjeux se concentrent particulièrement autour du bassin du lac Albert, partagé entre la RDC et l’Ouganda. Ce bassin est considéré comme une importante zone pétrolière de la région. Du côté ougandais, d’importantes réserves ont déjà été découvertes et le pays poursuit le développement des champs de Tilenga et Kingfisher, avec de nombreux investissements dans les infrastructures pétrolières.
L’Ouganda a notamment construit des infrastructures destinées à accompagner la production et l’exportation de son pétrole, dont l’East African Crude Oil Pipeline, ou EACOP, qui doit relier les zones de production au port de Tanga, en Tanzanie.
Du côté congolais, le potentiel pétrolier du bassin du lac Albert reste encore largement à explorer. Plusieurs estimations évoquent un potentiel de plusieurs milliards de barils en Ituri, mais ces chiffres doivent encore être confirmés par des études géologiques et des travaux d’exploration approfondis.
Cette situation préoccupe Bruno Kamanda Nen’ling, chargé de communication du Parlement des jeunes de l’Ituri et analyste indépendant. Selon lui, alors que l’Ouganda avance rapidement vers la production pétrolière, la RDC ne devrait pas rester en retrait.
Pour cet analyste, Kinshasa doit accélérer l’exploration du bassin du lac Albert côté congolais afin de connaître avec précision l’étendue de ses ressources et de mieux défendre ses intérêts économiques et stratégiques.
Bruno Kamanda Nen’ling attire également l’attention sur le caractère transfrontalier du bassin. Les formations géologiques et les réservoirs pétroliers pouvant se prolonger au-delà des frontières politiques, il estime que la RDC doit anticiper la possibilité de l’existence de gisements communs avec l’Ouganda.
Dans ce cas, des accords d’exploitation conjointe, basés sur des études scientifiques, pourraient être nécessaires pour déterminer les parts de chaque pays et organiser une exploitation coordonnée. L’objectif serait notamment d’éviter les conflits et de garantir que chaque État puisse défendre ses intérêts.
L’analyste ne parle cependant pas d’un « vol » du pétrole congolais par l’Ouganda. Il estime plutôt que le véritable danger pour la RDC serait de rester passive pendant que son voisin développe progressivement son secteur pétrolier.
Mais cette perspective d’exploitation suscite également des inquiétudes au sein des communautés riveraines du lac Albert. Des organisations de défense de l’environnement, notamment Fored et d’autres acteurs de la société civile, mobilisent les populations riveraines et organisent des réunions de sensibilisation sur les risques liés à l’exploitation pétrolière.
Au cours de ces rencontres, les riverains sont sensibilisés aux conséquences potentielles de l’exploitation sur le lac Albert, notamment les risques de pollution des eaux, la perturbation des activités de pêche et d’agriculture ainsi que les effets possibles sur les moyens de subsistance des communautés. Ces organisations contestent ainsi une éventuelle exploitation lorsqu’elle ne garantirait pas, selon elles, une protection suffisante de l’environnement et des intérêts des populations locales.
Au-delà de l’exploration, Bruno Kamanda Nen’ling plaide pour une stratégie nationale capable de transformer les éventuelles ressources pétrolières en véritable moteur de développement. Cela passe, selon lui, par le renforcement des institutions, la formation des experts congolais, la préparation des infrastructures et une réflexion sur la transformation locale du pétrole.
Mais pour l’Ituri, l’exploitation pétrolière ne devrait pas se limiter aux considérations économiques. La protection du lac Albert et des activités des communautés riveraines doit également être prise en compte. Les pêcheurs, agriculteurs et autres populations qui dépendent directement de cet environnement pourraient être exposés aux conséquences d’une exploitation mal encadrée.
Pour Bruno Kamanda Nen’ling, la RDC doit donc agir avec anticipation. Explorer son sous-sol, confirmer ses réserves, protéger l’environnement et préparer des discussions techniques avec l’Ouganda constituent, selon lui, des priorités pour préserver les intérêts du pays.
L’enjeu, conclut-il, n’est donc pas seulement de posséder du pétrole, mais de savoir comment le protéger, l’exploiter de manière responsable et transformer cette richesse en bénéfice pour la population.
David Mugisa