Ituri-Lac Albert : face à une taxe illégale de 200 $, les pêcheurs s’alarment

par lavoixdelituri

L’Association Cohérente des Pêcheurs de l’Ituri (ACPI) a adressé un mémorandum au gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Mulumba Gaby, pour dénoncer l’instauration d’une taxe qu’elle estime illégale ainsi que les multiples tracasseries auxquelles seraient confrontés les pêcheurs du lac Albert.

Dans ce document signé le week-end dernier à Tchomia par son président, Uzele Ungyertho Pascal, dit « Apostolo », l’ACPI salue d’abord les efforts des autorités provinciales en matière de réglementation du secteur de la pêche et de sécurisation des pêcheurs.

L’association affirme toutefois qu’une nouvelle taxe, initialement fixée à 350 dollars américains puis ramenée à 200 dollars, est exigée sans base légale.

Selon l’ACPI, cette somme est imposée à chaque pêcheur exploitant une pirogue ou une embarcation équipée de filets sennes avant toute activité sur le lac Albert.

L’association soutient que cette perception ne figure dans aucun texte en vigueur et rappelle que les pêcheurs s’acquittent déjà du permis de pêche prévu par l’Ordonnance-loi n°18/004 du 13 mars 2018 portant nomenclature des impôts, droits, taxes et redevances.

« Nous nous interrogeons à savoir si réellement l’autorité provinciale peut commettre une telle erreur. Si cela n’est pas prouvé, c’est qu’il y a un plan pour saper l’honneur de la haute autorité provinciale », peut-on lire dans le mémorandum.

L’ACPI affirme que cette mesure a déjà entraîné la suspension des activités de plusieurs pêcheurs, de nombreuses pirogues restant immobilisées dans l’attente d’une solution.

Au-delà de la question fiscale, l’association dénonce également des actes de tracasseries qu’elle attribue à certains éléments des FARDC, de la Force navale ainsi qu’à des combattants de la FRPI. Elle évoque notamment des cas de pillage de poissons, d’extorsion, de coups et blessures, de saisie de filets, ainsi que l’imposition de rançons et d’autres paiements jugés illégaux.

Selon l’ACPI, ces pratiques entretiennent un climat d’insécurité qui décourage les pêcheurs et menace leurs moyens de subsistance, alors que le lac Albert demeure la principale source de revenus de nombreuses familles.

Ces pêcheurs rappellent également qu’au cours d’un meeting organisé à Tchomia, le chef de la chefferie des Bahema Banywagi, Sa Majesté Yves Kahwa Panga Mandro, avait interdit les méthodes de pêche prohibées, notamment l’utilisation des moustiquaires, tout en autorisant l’usage des filets sennes conformes à la réglementation et en proscrivant toute perception illicite dans le secteur.

Face à cette situation, l’ACPI sollicite l’implication personnelle du gouverneur militaire. Elle recommande notamment l’annulation de la taxe de 200 dollars qu’elle juge illégale, la cessation des tracasseries et des menaces contre les pêcheurs, le respect de la période officielle de fermeture de la pêche sur le lac Albert, l’organisation d’une table ronde réunissant les services de l’État, les autorités coutumières et les associations de pêcheurs, ainsi que la révision de l’applicabilité de l’arrêté portant création de l’unité de surveillance du secteur de la pêche.

Après plusieurs démarches restées sans réponse, l’ACPI dit désormais compter sur l’intervention du gouverneur militaire afin de rétablir la légalité, protéger les pêcheurs et permettre la reprise normale des activités sur le lac Albert.

Rédaction

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