Le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise connaît un nouveau rebondissement après les déclarations de Félix Tshisekedi devant les députés nationaux et les sénateurs membres de l’Union sacrée de la Nation. Ces jours ci il y a le contraste entre les positions défendues par le président de la République lorsqu’il était dans l’opposition et son discours actuel, vers la fin du mandat, sur la Constitution du 18 février 2006.
En titre de rappel, en 2016, Félix Tshisekedi présentait le respect de la Constitution comme l’un des fondements de son combat politique contre le régime de Joseph Kabila. À cette époque, il dénonçait toute initiative susceptible de remettre en cause l’ordre constitutionnel et insistait sur la nécessité de préserver les règles établies .
En 2019, lors de son accession à la magistrature suprême, il avait également juré de respecter et de défendre la Constitution ainsi que les lois de la République. Aujourd’hui,un responsable politique qui s’était longtemps présenté comme un défenseur de la loi fondamentale,est devenu son vrai détracteur.
Cette mise en parallèle donne une dimension particulière à ses déclarations récentes et alimente les critiques de ceux qui voient dans sa position actuelle un changement profond de discours.
« En 2016, dans l’opposition, Félix Tshisekedi faisait du respect de la Constitution du 18 février 2006 le cœur de son combat. En 2019, il jurait solennellement de la défendre. Aujourd’hui, devant l’Union sacrée : “Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez.” » s’interroge certains citoyens congolais.
Une prise de position assumée devant l’Union sacrée
Le 24 octobre 2026, devant les élus de sa famille politique réunis à la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a reconnu publiquement son désaccord avec la Constitution actuellement en vigueur. La déclaration, rapportée par plusieurs médias Congolais, intervient alors que le pouvoir évoque la possibilité d’une réforme institutionnelle et l’organisation d’un dialogue national.
« Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. Mais sachez que j’ai une mission : celle de mettre le pays sur les rails, d’installer une paix véritable et durable. » a indiqué Félix Tshisekedi.
Par ces propos, le président congolais semble renvoyer la responsabilité d’une éventuelle modification de la Constitution aux parlementaires de l’Union sacrée. Il affirme ainsi que les élus devront assumer leur position devant le peuple congolais, tandis que lui-même se présente comme un dirigeant chargé de poursuivre une mission nationale.
Cette prise de parole intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, les discussions autour d’une éventuelle révision constitutionnelle suscitent la méfiance de l’opposition et d’une partie de la société civile. Ces acteurs redoutent que le débat institutionnel ne serve à remettre en cause les limites du mandat présidentiel ou à préparer le maintien au pouvoir du chef de l’État au-delà des échéances prévues.
La question de 2028 au centre des inquiétudes
La référence faite à l’année 2028 constitue l’un des passages les plus commentés du discours présidentiel. Félix Tshisekedi affirme qu’il pourrait mettre fin à son action politique si les élus ou la population s’opposaient à la réforme envisagée. Cette déclaration vise, selon ses soutiens, à démontrer qu’il ne chercherait pas à imposer une modification de la Constitution pour prolonger son pouvoir.
« Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. Je ne veux pas que vous puissiez dire demain que c’est le président de la République qui vous a imposé cette démarche. Vouloir changer ou toucher à cette Constitution relève de votre responsabilité. » a-t-il ajouté.
Cependant, cette position ne suffit pas à dissiper les interrogations. Pour certains, le simple fait d’ouvrir un débat sur la Constitution à l’approche des prochaines échéances électorales constitue déjà un signal préoccupant. Ils estiment que la priorité devrait être donnée à l’organisation des élections, à la sécurité dans l’Est du pays et à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Il faut rappeler que Constitution congolaise prévoit que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Elle dispose également que le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle. Cette disposition explique l’intensité des réactions suscitées par toute initiative visant à modifier la loi fondamentale.
Une réforme présentée comme nécessaire au fonctionnement de l’État
Le pouvoir présidentiel défend pour sa part l’idée d’une réforme destinée à améliorer le fonctionnement des institutions. Selon cette lecture, la Constitution actuelle comporterait certaines faiblesses qui empêcheraient l’État de répondre efficacement aux défis sécuritaires, économiques et sociaux auxquels le pays est confronté.
Félix Tshisekedi affirme que son objectif ne serait pas de prolonger son mandat, mais de remettre le pays sur la voie de la stabilité et de la paix. Son discours s’appuie notamment sur la situation sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où les violences armées continuent de représenter un défi majeur pour les institutions nationales.
« J’ai une mission : celle de mettre le pays sur les rails, d’installer une paix véritable et durable. Ce que nous faisons ne doit pas être interprété comme une volonté de m’accrocher au pouvoir. Il s’agit de réfléchir à l’avenir du pays et à la manière de rendre nos institutions plus efficaces. » a-t-il fait savoir oubliant que la mission à toujours une durée.
Cette justification ne convainc toutefois pas tous les acteurs politiques. L’opposition réclame davantage de garanties et souhaite que toute réforme fasse l’objet d’un consensus national. Elle estime qu’une modification de la Constitution ne peut être engagée sans un débat transparent, inclusif et respectueux des principes démocratiques et surtout sans la fin de la guerre dans l’ Est de la RDC.
Le contraste entre le discours d’hier et celui d’aujourd’hui
Le principal élément de la polémique repose sur le contraste entre l’ancien discours de Félix Tshisekedi et ses déclarations actuelles. Lorsqu’il était dans l’opposition, il se présentait comme un protecteur de la Constitution et dénonçait les initiatives susceptibles de fragiliser les institutions.Aujourd’hui, il reconnaît ne pas aimer cette même Constitution et laisse entendre qu’une modification pourrait être envisagée.
Ce changement de position est considéré par ses adversaires comme un revirement politique. Ils lui reprochent de remettre en question un texte qui a pourtant encadré son accession au pouvoir et qui définit les limites de son mandat.
« Celui qui défendait hier la Constitution du 18 février 2006 et qui en faisait le symbole de la légalité républicaine affirme aujourd’hui qu’il ne l’aime pas. Cette contradiction soulève une question essentielle : peut-on modifier les règles du jeu lorsque celles-ci deviennent contraignantes pour ceux qui exercent le pouvoir ? » s’interroge certains citoyens.
Le camp présidentiel rejette cette lecture et affirme que le président a le droit de critiquer certaines dispositions de la Constitution sans pour autant vouloir violer les règles démocratiques. Ses partisans soutiennent qu’un débat sur la réforme institutionnelle ne doit pas être automatiquement assimilé à une volonté de prolonger le mandat présidentiel.
Un débat qui dépasse la personne de Tshisekedi
Au-delà de la personnalité du chef de l’État, la controverse pose la question de la solidité des institutions congolaises. La Constitution est appelée à garantir l’équilibre des pouvoirs, la limitation des mandats et la continuité de l’État. Toute tentative de modification doit donc être examinée avec prudence, particulièrement dans un pays marqué par une histoire politique mouvementée.
L’article 218 encadre la procédure de révision constitutionnelle et prévoit plusieurs voies d’initiative. Toutefois, l’article 220 protège le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision. Le débat actuel devra donc tenir compte de ces limites, mais aussi de la nécessité de préserver la confiance de la population dans les institutions.
« La forme républicaine de l’État, le principe du suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée des mandats du président de la République, l’indépendance du pouvoir judiciaire ainsi que le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle. » précise la constitution de 2006.
La déclaration de Félix Tshisekedi relance une confrontation entre deux images politiques : celle du protecteur de la Constitution, construite dans l’opposition, et celle du dirigeant qui en conteste désormais le contenu. Alors que le pouvoir parle de réforme et de restauration de la stabilité, ses adversaires dénoncent une manœuvre susceptible de fragiliser l’alternance démocratique, malheureusement Félix Tshisekedi fait des mauvais interprétations de certains articles, donnant raison à ceux qui estiment que les gens qui réclament la révision de la constitution, eux même ne l’ont jamais lue et la comprendre !
Le débat ne fait que commencer. Son issue dépendra de la capacité des institutions, des partis politiques et de la société civile à imposer un dialogue transparent, dans le respect de la Constitution et de la volonté du peuple congolais.
Joseph Kisuki