Une étape juridique décisive vient d’être franchie dans le différend opposant la République démocratique du Congo (RDC) au Rwanda. Ce jeudi, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), siégeant à Arusha en Tanzanie, a rendu une décision importante en se déclarant compétente pour examiner la plainte déposée par Kinshasa. La Cour a également jugé la requête recevable, rejetant ainsi les objections procédurales soulevées par Kigali.
Présidant la délégation congolaise sur place, le Ministre d’État ad intérim de la Justice, Maître Samuel Mbemba Kabuya, a exprimé sa satisfaction à la sortie de l’audience. Il a salué une décision qui, selon lui, reflète la vision stratégique du Président de la République, Félix Tshisekedi, et l’engagement constant du gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
« Malgré les nombreuses exceptions soulevées par le Rwanda pour contester la compétence de la Cour et tenter de bloquer la procédure, la justice africaine a tranché en faveur de la RDC. C’est un pas déterminant dans la lutte contre l’impunité des agressions répétées dont notre pays est victime », a déclaré Me Mbemba Kabuya.
Une procédure entrée dans le vif du sujet
Suite à cette décision, la procédure entre dans une phase décisive. Le Rwanda dispose désormais de 90 jours pour présenter ses observations sur le fond de l’affaire. En retour, la RDC aura un délai de 45 jours pour formuler sa réponse. Le jugement final, attendu dans les mois à venir, pourrait créer un précédent majeur dans le traitement des litiges interétatiques en matière de droits de l’homme sur le continent.
Ce recours judiciaire avait été officiellement lancé en février dernier, à l’issue de plusieurs mois de tensions croissantes entre Kinshasa et Kigali. La RDC accuse le Rwanda de soutenir activement des groupes armés opérant dans sa partie orientale, notamment les rebelles du M23. Une situation que Kinshasa qualifie d’agression et de violation flagrante de ses droits souverains.
Un signal fort pour la justice africaine
La décision de la CADHP est perçue par les autorités congolaises comme une reconnaissance de la légitimité de leur démarche. Elle marque également une volonté croissante de régler les conflits africains par des voies juridiques, à travers des institutions continentales capables de trancher en toute indépendance.
Pour Maître Mbemba Kabuya, cette évolution traduit l’efficacité d’une diplomatie axée sur le droit et la justice :
« C’est le triomphe d’un leadership déterminé et d’une stratégie qui mise sur le respect des normes internationales et africaines, dans la quête de paix et de sécurité pour notre peuple. »
La RDC espère désormais que ce processus permettra de jeter une lumière nouvelle sur les responsabilités régionales dans l’instabilité chronique de l’Est du pays, et de faire avancer les exigences de justice au bénéfice des populations affectées.
Picard Luhavo