Ituri : seuls 3,8 % d’enfants poursuivent le secondaire à Kaliko-Omi

par Redaction

L’éducation en Ituri fait aussi son écho au regard des enjeux de l’heure. Dans cette partie Nord-Est de la République Démocratique du Congo, les problèmes socio-économiques, affectifs et politiques scolaire font restreindre la fréquentation des enfants à l’instruction et surtout au niveau secondaire.

Dans la province éducationnelle Ituri 2 qui couvre l’ensemble du territoire d’Aru, il s’observe une discontinuité marquée entre l’enseignement primaire gratuit et le secondaire payant. Une situation qui met en lumière les conditions difficiles pour les parents à poursuivre la prise en charge de leurs progénitures et par conséquent, le taux de scolarisation notamment dans certaines chefferies de cette partie reste faible.

Si au primaire l’éducation est gratuite et favorise l’accès massif des enfants à l’école, au secondaire, seuls les parents obligés de payer les frais scolaires ont leurs enfants aux études. Ces charges lucratives sont notamment le minerval, motivation des enseignants, fournitures scolaires, uniforme, frais de fonctionnement.

Depuis l’année scolaire 2023-2024, dans la chefferie de Kaliko-Omi, qui compte 46 écoles secondaires, seuls 4.081 enfants dont 1.646 filles sont scolarisés alors que l’entité dénombre 105.350 enfants scolarisables, faisant un taux de 3,8% d’enfants scolarisés à ce cycle sur l’ensemble de la juridiction, selon Christophe Bwale Andabhati, étudiant et chercheur. Cette situation s’observe aussi dans la chefferie des Kakwa, toujours à Aru, où sur 213.794 enfants scolarisables, seuls 16.617 sont scolarisés, soit un taux de 7,7%.

Pendant ce temps, le taux de scolarisation dans la province éducationnelle Ituri 2 est plus élevé dans la chefferie de Aluru avec 72,7 %, soit 19.626 enfants scolarisés sur 26.967 scolarisables, mais aussi la chefferie de Zaki avec 66,9 %, Lu avec 62,2 % et Nio Kamule avec 61,9%.

Christophe Bwale Andabhati révèle dans son mémoire de licence, à l’ISP-BUNIA, que plusieurs facteurs expliquent cette problématique dans ces zones; il s’agit notamment :

  • des facteurs économiques : dans la chefferie de Kaliko-Omi, la pratique de l’orpaillage artisanal et le commerce d’arachides en Ouganda semblent détourner les enfants du système scolaire. Le poids des frais scolaires au secondaire constitue aussi un obstacle majeur.
  • Facteurs culturels : les mariages précoces, principalement chez les filles, réduisent drastiquement les chances de poursuivre l’éducation secondaire. Ici les filles en âge scolaire passent leur nuit dans des bistrots, bars,… où elles finissent par y tomber enceinte.
  • offre scolaire inégale : certaines chefferies comme Zaki ou Aluru disposent de nombreux établissements secondaires, facilitant la scolarisation, mais d’autres comme Kakwa et Kaliko-Omi sont sous-dotées malgré une population scolarisable très importante (213.794), ce qui crée un déséquilibre manifeste.

Pour lui, le gouvernement congolais devrait élargir la politique de gratuité à l’éducation secondaire pour réduire les barrières financières à l’accès a l’école; lancer les campagnes de sensibilisation avec les parents, sur l’importance de l’éducation, en particulier pour les filles, afin de lutter contre les mariages précoces ; investir dans la création et construction des établissements scolaires en respectant l’aire de recrutement et en tentant compte des besoins éducatifs.

Laisser les enfants dans cet état est un danger qui se prépare pour ces régions de l’Ituri, car dans plusieurs pays, l’alphabétisation est l’un des facteurs clés du développement.

Moïse Ulang’u

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