C’est depuis le début de cette semaine que l’on a appris l’intégration prochaine de plusieurs éléments de la milice Coopérative pour le Développement du Congo, CODECO au sein de la Réserve Armée de la Défense, RAD.
« Il y a les (éléments) de CODECO qui donnent leur chiffre imaginaire ou quoi, ils sont 50 000, d’accord, prêts pour adhérer à la RAD », annonce le colonel Ngabu Libandi, chargé de sensibilisation au sein de la RAD en Ituri, qui parle d’autres groupes armés qui ont aussi accepté cette intégration.
De la milice à l’armée régulière, sans une transition convaincante, cette nouvelle tombe comme une eau chaude sur le dos. Plusieurs observations vont dans le sens de se questionner sur le sort des victimes des barbaries de ces groupes armés, dont la CODECO ayant débuté en décembre 2017 dans le territoire de Djugu.
Après des milliers de morts causées, des destructions massives et le calvaire implanté,… par leur intégration dans la RAD, ces assaillants seront-ils pardonnés et exemptés de la justice ? Que retiendront alors les victimes ?
Le président du conseil provincial de la jeunesse n’est pas d’avis. Maître Deogratias Bungamuzi critique notamment le processus de cette intégration.
«ce processus ne vient qu’après le PDDRC-S et que cela n’est destiné qu’aux gens qui ont accepté de suivre et d’intégrer la vie civile, c’est à ce moment là qu’ils feront le choix d’aller vers la RAD», déclare-t-il.
Pour Deogratias Bungamuzi, « voir la RAD identifier plus de 50 000 éléments tout en disant qu’elle est prête à les intégrer, ça constitue une dérive inquiétante (•••), une telle orientation serait une insulte à la mémoire des victimes et un danger pour la cohésion nationale, car elle reviendra à blanchir les auteurs de crimes contre l’humanité, mais également trahir les efforts de paix du chef de l’Etat et du gouverneur militaire de la province ».
La vraie paix, selon lui, « est le désarmement, la démobilisation, la justice et la réinsertion, contrôlés dans le cadre du P-DDRCS, pas la militarisation des bourreaux ».
L’Ituri se trouve actuellement dans une période où les habitants sont fatigués de la guerre, en dépit des feux encore allumés par des personnes de mauvaise volonté. Cela s’explique notamment par la remise d’armes du groupe armé d’autodéfense/Zaïre, la cessation des hostilités par les groupes armés MAPI, FPIC, Chini ya Tuna et Mai-Mai du territoire d’Irumu.
Entre la justice réclamée et la recherche d’une paix durable, les idées et les stratégies de croisent en chemin : punir les fauteurs de troubles afin de rendre justice aux victimes ou pardonner les tueurs, les intégrer au sein des FARDC pour une paix longtemps recherchée ?
La peur avec l’intégration de ces groupes armés comme CODECO se met aussi dans le contexte où cette milice pourtant encore illégale, se donne la charge de rechercher et éliminer des éléments de la rébellion de Convention pour la Révolution Populaire, CRP de Thomas Lubanga. Une situation qui justifie la tuerie des personnes civiles, accusées parfois faussement d’appartenir à cette rébellion. L’intégration de CODECO dans la RAD sera-t-elle une façon d’encourager et de légaliser leur action dans cette dynamique ? Seront-ils autonomes ou dépendront de l’ordre des autorités militaires ? En tout cas les questions restent pendantes !
Rédaction