Ituri : à Mandje, quand une simple bouteille devient un outil contre Ebola (Chronique de David Mugisa)

par lavoixdelituri

L’idée de cette chronique part d’un récit de terrain publié par Marceline Lusamba Ngoy, expert CREC nationale en appui à la Zone de santé de Tchomia en Ituri. Dans sa chronique consacrée aux agents sanitaires et aux relais communautaires du point de contrôle de Mandje, sur l’axe Bunia-Kasenyi-Tchomia, elle raconte comment ces derniers ont recours à une solution improvisée : une bouteille en plastique dont le bouchon est perforé pour faciliter le lavage des mains des motards transportant les gros bagages sur l’axe bunia- Kasenyi-Tchomia.

À partir de ce récit, une réalité de terrain mérite d’être davantage racontée : celle d’agents sanitaires confrontés quotidiennement à la nécessité de faire respecter les mesures de prévention tout en tenant compte des contraintes des populations qu’ils contrôlent.

Une moto s’arrête. Le conducteur ne descend pas. Un agent sanitaire s’approche, une bouteille en plastique à la main. Quelques gouttes d’eau chlorée sont projetées sur les mains du motard transportant les gros colis. Le thermoflash suit. Quelques secondes plus tard, la moto reprend sa route.

La scène peut paraître ordinaire. Pourtant, à Mandje, elle illustre une manière concrète d’adapter la prévention aux réalités du terrain.

Sur l’axe bunia- Kasenyi-Tchomia, motos, véhicules et camions assurent quotidiennement le transport des personnes et des marchandises. Lorsque les contrôles sanitaires ont été renforcés, les agents ont dû composer avec une difficulté simple, mais importante : comment maintenir les gestes de prévention sans ralentir excessivement les usagers ?

Pour certains motards qui transportent les gros bagages, descendre de leur engin, se laver les mains, attendre le contrôle de température puis reprendre la route représentait une contrainte, particulièrement lorsqu’ils étaient pressés ou transportaient des marchandises.

C’est dans ce contexte que les agents sanitaires et les relais communautaires de Mandje ont adapté leur méthode.

Une bouteille en plastique récupérée, un bouchon perforé et de l’eau chlorée : le dispositif est rudimentaire, mais permet aux agents de procéder au lavage des mains directement auprès des usagers.

Le motard peut rester sur sa moto. L’agent effectue le lavage des mains, procède au contrôle de température et, après les vérifications nécessaires, le voyage peut continuer.

« Au début, on se disputait souvent avec les agents parce qu’on était pressés et parfois avec des gros bagages descendre pour aller se laver les mains étaient vraiment difficile. Aujourd’hui, avec leurs bouteilles, ils nous lavent les mains directement sur la moto. C’est rapide et cela nous protège », témoigne un motard de l’axe Kasenyi-Tchomia.

Le récit de Marceline Lusamba Ngoy met ainsi en évidence une dimension souvent moins visible de la riposte sanitaire : la capacité des équipes de terrain à adapter les dispositifs de prévention aux réalités quotidiennes des communautés.

À Mandje, il ne s’agit pas seulement de demander aux usagers de respecter les mesures sanitaires. Il s’agit aussi de trouver la manière de les rendre compatibles avec leur quotidien.

Cette expérience montre que l’innovation dans la santé publique ne passe pas toujours par des équipements sophistiqués. Elle peut aussi naître d’un problème rencontré sur le terrain et d’une solution trouvée avec les moyens disponibles.

Une bouteille en plastique, quelques perforations et une dose de créativité auront ainsi permis de repenser un geste aussi simple que le lavage des mains.

À Mandje, cette petite adaptation raconte finalement une grande leçon de terrain : la prévention gagne aussi en efficacité lorsqu’elle sait écouter les réalités de ceux qu’elle veut protéger.

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