Dans une récente intervention sur les ondes de la Radio Okapi lors de l’émission Dialogue entre Congolais, Patrick Mundeke, acteur politique et membre du parti Ensemble pour la République ainsi que de la notabilité du Nord-Kivu, a soulevé des interrogations incisives quant aux dynamiques économiques et sécuritaires qui entourent les opérations conjointes menées par les forces armées congolaises (FARDC) et ougandaises (UPDF) contre les ADF.
Mundeke a pointé du doigt l’augmentation exponentielle des statistiques économiques de l’Ouganda depuis le début des opérations militaires. Selon lui, les exportations ougandaises, qu’il s’agisse de l’or, du cacao, du bois, du café ou encore de la vanille, connaissent une croissance remarquable, au moment même où leur région de provenance est menacée par l’insécurité causée par les ADF.
« Pourquoi l’État congolais ne se pose-t-il pas de vraies questions ? […] Est-ce qu’avec l’Ouganda aujourd’hui, nous sommes capables de résoudre la question des ADF ? », s’est-il interrogé, dénonçant un paradoxe où les opérations FARDC-UPDF poussent les rebelles de la frontière Ougandaise vers l’Ouest, à plus de 500 kilomètres à l’intérieur de la RDC.
L’acteur politique craint que les opérations militaires actuelles ne permettent pas une élimination totale et durable du groupe terroriste ADF, mais qu’elles conduisent plutôt à un déplacement de la menace vers d’autres provinces.
«les opérations se passeraient dans le sens contraire, c’est-à-dire ils mettent un mûr sur la frontière Ougandaise, un autre à Kisangani, et ils rentrent de Kisangani vers leur frontière, ils auraient exterminer tous les ADF, ce serait ça la rationalité des opérations», pense Patrick Mundeke
Il rappelle qu’auparavant, le danger sécuritaire était circonscrit et identifié dans le Nord-Kivu, tandis qu’aujourd’hui, l’insécurité semble s’étendre à quatre provinces notamment le Nord-Kivu, l’Ituri, Tshopo et Haut-Uélé.
«pour l’Ouganda, le danger sécuritaire est écarté, maintenant aujourd’hui le prétexte des ADF lui permet d’avoir le cacao, le café, la vanille, le bois[•••]»
Dans un rapport publié par The Sentry cette semaine, il ressort que les rebelles des ADF exploitent de l’or dans la région de Manguregipa au Nord-Kivu pour financer leurs opérations. Cet or transit clandestinement vers l’Ouganda et génère de 1 à 1,6 millions de dollars par an en faveur de ce mouvement terroriste. Ceci compasse désormais la réduction du flux de financement de l’État Islamique à cette rébellion.
Face à ces enjeux cruciaux pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo, Patrick Mundeke appelle les autorités nationales à davantage de vigilance et de redevabilité stratégique.
Rédaction