La Réserve de faune à Okapis (RFO), unique sanctuaire naturel au monde où l’okapi vit à l’état sauvage, figure désormais parmi les sites les plus vulnérables et menacés de la République Démocratique du Congo.
Cet habitat naturel exceptionnel fait face à une multiplication de pressions humaines et sécuritaires qui mettent directement en péril la survie de cette espèce emblématique, inscrite sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Les menaces pesant sur la réserve se sont diversifiées et intensifiées ces dernières années. Le braconnage armé, la chasse commerciale, la pratique de l’agriculture sur brûlis, ainsi que l’exploitation minière illégale et une forte pression démographique dégradent irrémédiablement l’écosystème de la RFO, selon Delphin Biluwa, coordonnateur de la gouvernance des ressources naturelles au sein de la réserve.

Cette dégradation continue du milieu naturel a provoqué une chute dramatique de la population d’okapis. Alors que la réserve, qui s’étend entre les provinces de l’Ituri et du Haut-Uele, comptait autrefois entre 1 500 et 3 000 individus, on n’en dénombre aujourd’hui plus qu’entre 400 et 1 000 spécimens à l’état sauvage.
La mémoire locale reste également marquée par le massacre de 2012 à Epulu, où 14 okapis en captivité avaient été tués lors d’une attaque rebelle ; aujourd’hui, seuls trois individus y subsistent sous surveillance.
Au-delà de l’enjeu environnemental, la restauration de la sécurité dans la zone représente une opportunité économique majeure pour la province de l’Ituri, notamment grâce au développement du tourisme vert. C’est ce qu’exprime le député provincial Atonne Mopepe, président de la Commission environnement et aménagement du territoire de l’Assemblée provinciale, en prenant pour exemple le modèle d’autres parcs de la région.
«Au Parc national de Kahuzi-Biega, pour visiter pendant une heure les gorilles de montagne, les expatriés payent 400 dollars, les nationaux 100 dollars et les étudiants 50 dollars. S’il y avait possibilité que nous puissions assurer la sécurité dans notre province, notre réserve deviendrait fréquentable et, sur le plan économique, cela générerait beaucoup d’argent.»

Pour enrayer cette spirale destructrice, les acteurs de la société civile plaident pour une prise de conscience collective à travers l’éducation environnementale et l’implication des populations locales, afin de ne pas dissocier la conservation de la lutte contre la pauvreté. C’est l’analyse partagée par Samuel Babombi, chargé de programmes au sein de l’ONG Héritier du Développement au Congo (HDC).
«Cette éducation environnementale ne doit pas se limiter seulement dans la zone de la réserve, il faut que cela soit étendu sur l’ensemble du territoire national. L’idée est de créer un partenariat vert pour l’Okapi qui va impliquer toutes les couches, car on ne peut pas garder les gens dans la pauvreté pendant qu’on est en train de protéger l’Okapi.»

Face à ces urgences croissantes, la sauvegarde de la Réserve de faune à Okapis exige désormais des réponses concrètes et coordonnées, alliant renforcement de la sécurité, alternatives économiques pour les riverains et sensibilisation nationale, une proposition qui ressort de la célébration de la journée mondiale de l’Okapi à Bunia ce mercredi, 21 Octobre 2026.
Moïse Ulang’u