Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle progression de la maladie à virus Ebola, les mesures de restriction aux frontières avec l’Ouganda suscitent des interrogations quant à leur efficacité à long terme, particulièrement dans les zones frontalières où les échanges économiques et les mouvements de personnes sont importants.
La fermeture temporaire de certains points de passage constitue une mesure de précaution destinée à limiter les risques d’importation et de propagation du virus. Mais dans une région où les échanges entre populations congolaise et ougandaise sont anciens et quotidiens, cette stratégie pourrait également produire un effet secondaire : pousser certains voyageurs à contourner les points de passage officiels.
C’est l’un des principaux enjeux soulevés par Jacob Asimwe Matali, acteur politique de l’Opposition républicaine. Selon lui, la question ne devrait pas être limitée à la fermeture des frontières, mais porter davantage sur la capacité des autorités à maintenir une surveillance sanitaire efficace des mouvements transfrontaliers.
Quand la fermeture déplace les mouvements
À Kasenyi par exemple comme à Tchomia, la frontière ne représente pas uniquement une limite entre deux États. Elle constitue aussi un espace de circulation économique et sociale. De nombreux habitants dépendent des échanges commerciaux, de l’approvisionnement en produits de première nécessité, des activités lacustres, des soins ou encore des relations familiales avec l’Ouganda.
Une fermeture prolongée des principaux points de passage pourrait donc modifier les habitudes de déplacement sans nécessairement supprimer la mobilité.
Le risque serait alors de voir certains voyageurs rechercher des itinéraires alternatifs, notamment des passages non officiels. Or, ces mouvements échappent largement aux mécanismes de contrôle mis en place par les autorités sanitaires.
Dans les postes officiels, les voyageurs peuvent être soumis aux dispositifs de surveillance, à l’observation sanitaire et à l’orientation vers les services compétents en cas de suspicion. En dehors de ces points de contrôle, ces possibilités deviennent beaucoup plus limitées.
Le défi : contrôler plutôt qu’empêcher les mouvements
L’enjeu sanitaire apparaît dès lors complexe : comment empêcher la circulation d’un virus sans perdre la maîtrise de la circulation des personnes ?
Pour Jacob Asimwe Matali, le renforcement des points de passage autorisés pourrait constituer une alternative à une fermeture prolongée. Il plaide notamment pour un contrôle sanitaire renforcé, une surveillance épidémiologique plus efficace, une sensibilisation permanente des voyageurs et une identification rapide des cas suspects.
Cette approche implique également de renforcer la surveillance communautaire dans les localités situées le long de la frontière. Les communautés pourraient jouer un rôle important dans la détection et le signalement des mouvements inhabituels ou des personnes présentant des signes suspects.
L’objectif serait ainsi de maintenir les déplacements dans un cadre contrôlé plutôt que de les pousser vers des circuits clandestins.
Une réponse qui dépasse les frontières
La situation met également en évidence la nécessité d’une coordination étroite entre la RDC et l’Ouganda.
Dans le contexte actuel, la question demeure entière : une fermeture prolongée des frontières permettra-t-elle de mieux contrôler Ebola, ou risque-t-elle de rendre certains déplacements plus difficiles à surveiller ?
Pour les autorités sanitaires, le défi est désormais de trouver le juste équilibre entre restriction des mouvements, surveillance épidémiologique et maintien des activités essentielles des populations frontalières.
Car dans une région où la mobilité transfrontalière fait partie de la vie quotidienne, contrôler les mouvements pourrait s’avérer plus efficace que de simplement chercher à les empêcher.
Rédaction