C’est depuis le 15 mai 2026 que le gouvernement congolais a déclaré l’épidémie d’Ebola en province de l’Ituri. Une officialisation de la maladie qui était arrivée après une vague de décès, soupçonnés à Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, d’être causés par un « cercueil en colère » pour avoir enlevé en son sein un cadavre en provenance de Bunia.
La maladie ne cessait de progresser pour provoquer des morts, notamment dans trois zones de santé jugées les plus touchées : Mongbwalu, Bunia et Rwampara.
Gestion défaillante de la maladie
Seulement 15 jours après que la maladie a été déclarée, l’éminent virologue congolais Jean-Jacques Muyembe indiquait le 1er juin dernier que les cas confirmés n’atteindraient pas 1 000 au regard de la capacité que la RDC possède dans la gestion des épidémies.
« On arrivera peut-être à trois cents, quatre cents cas, mais pas mille », disait-il sur Actualité.cd alors qu’on était encore à 290 cas confirmés.
Une assurance rapidement démentie par la réalité sur le terrain, car au 13 juillet, le ministère de la Santé informe que 2 011 cas confirmés sont recensés, dont 754 décès et seulement 366 guéris.
Le ministre de la Santé a indiqué, lors de sa récente arrivée à Bunia, que les cas confirmés galopent actuellement à cause d’un suivi renforcé par les services de santé pour retrouver les malades d’Ebola dans la communauté.
L’épidémie s’étend aujourd’hui dans quatre autres provinces dont le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uele. Suite à la propagation, la maladie a atteint aussi l’Ouganda, pays voisin de l’Ituri.
Une logistique encore faible sur le terrain !
En territoire de Djugu, à part la zone de santé de Mongbwalu, la maladie a déjà fait plusieurs centaines de morts dans la zone de santé de Nizi. Ici, depuis le début du mois de juin, des morts sont signalés dans des domiciles. Faute d’une équipe d’enterrements dignes et sécurisés, certaines familles finissent par enterrer elles-mêmes, ce qui a rapidement fait exploser les cas de contamination. La société civile de l’Ituri, après une descente sur le terrain le 2 juillet, avait recensé 92 cas de décès confirmés et plus de 200 cas suspects en 28 jours.
Dans cette zone, plusieurs structures, saturées, ont dû fermer leurs portes, notamment dans le secteur des Walendu Djatsi, alors qu’un centre de traitement d’Ebola y était installé quelques jours plutard.
« Il y a une urgence. La population meurt en désordre, personne ne veut s’en inquiéter. Le nombre de populations déjà enterrées ici, en groupement Limani, nous sommes allés au-delà même de 200 », s’alarme Justin Gudza, chef de secteur de Walendu Djatsi.
Dans la zone de santé de Tchomia, le 3 juillet dernier, la société civile de la chefferie des Bahema Banywagi alertait sur 19 cas soupçonnés d’Ebola sur place. Son président, Florimond Banga, s’inquiétait d’une absence de Centre de Traitement d’Ebola (CTE) dans cette zone. Dans une interview accordée à la presse le lundi 13 juillet, le médecin-chef de zone a révélé que ces cas ont atteint la barre de 31, dont 14 décès, promettant une installation prochaine d’un CTE par les Ougandais.
Présentement, plusieurs véhicules ambulances destinés à la riposte contre Ébola sont visibles dans un espace en ville de Bunia, selon le député provincial Moïse Wathum, pourtant un besoin criant est exprimé par des zones de santé touchées par la maladie pour des urgences de malades et des enterrements dignes et sécurisés.

Paradoxe entre des millions annoncés et une grève des prestataires
Le gouvernement congolais annonçait avoir alloué au moins 50 millions de dollars pour répondre à la riposte. Mais depuis quelques jours, les prestataires de soins de l’équipe de riposte sont en grève suite au non-paiement de leurs primes depuis le début de cette épidémie. Alors qu’ils sont en première ligne de front au risque de leur vie, ces agents de santé estiment que leur sacrifice est ignoré par les autorités congolaises.
« Cette situation (non-paiement de nos primes) affecte le moral des équipes, compromet la continuité des activités et conduit les prestataires de soins à observer un mouvement de grève pacifique jusqu’à la résolution de leur préoccupation », déclarent ce 15 juillet des agents engagés dans la riposte, lors d’une manifestation organisée à l’hôpital général de référence de Bunia.

Lors de son arrivée à Bunia le 8 juillet dernier, le ministre de la Santé publique et de la Prévoyance sociale avait accusé le désordre dans les listes de ces prestataires de soins d’être la cause de ce retard de paiement. À Rwampara, ces agents ont repris le travail le mardi après un lundi sans travail, et exigent leurs primes dans les 72 heures au risque de reprendre le mouvement de grève.
« Je suis venu ici pour qu’on vous augmente vos primes. Nous allons donner la carte biométrique à toute personne qui travaille et votre argent sera payé en numérique », avait dit le Docteur Roger Kamba. Un message d’assurance du ministre, mais resté sans suite aujourd’hui, une semaine plus tard.

Gratuité de tous les soins, discours populiste ?
Dans un briefing organisé à Bunia le 19 juin dernier, le ministre de la Santé avait indiqué que « nous allons rendre tous les soins gratuits » en Ituri, pour permettre aux structures n’ayant pas de CTE de transférer les malades à celles qui en ont, afin de ne pas justifier la rétention des malades aux fins de gagner de l’argent. Mais sur le terrain, rien n’est observé. Près d’un mois plus tard, les soins sont toujours payants dans toutes les structures.
L’Ouganda a réussi à maîtriser la maladie avec 19 cas confirmés, dont deux décès. Aucun nouveau cas n’a été enregistré depuis le 21 juin dernier.
Cette souche d’Ebola, Bundibugyo n’a toujours pas de traitement spécifique. Deux antiviraux sont en essai clinique depuis le 2 juillet et deux candidats de vaccin depuis quelques jours.
Les mesures barrières ne sont pas respectées dans d’autres entités, les corps des personnes mortes d’Ebola sont parfois manipulés par les familles, les équipes de riposte sont en petit nombre pour couvrir toutes les zones affectées par la maladie, les moyens logistiques restent insuffisants, les agents de santé engagés dans la riposte sont impayés et abandonnent les malades, ce qui accentue la propagation de la maladie et les cas de décès.
Rédaction