Dans le cadre de son mémoire de fin d’études à l’Université de Bunia (UNIBU) ce lundi 24 août, le journaliste et chercheur Joël Heri Bujo a présenté une analyse approfondie et nuancée intitulée « Analyse de la presse sous le régime de l’État de siège en province de l’Ituri de 2021 à 2025 ».
Face à un jury académique, le récipiendaire s’est interrogé sur une problématique centrale qui façonne le quotidien de la région : « Dans quelle mesure le régime de l’État de siège en province de l’Ituri concilie-t-il les impératifs sécuritaires avec la liberté de la presse et le droit du public à l’information ? ».
Cette recherche est née d’un constat frappant lié à la persistance des violences armées et à l’instauration, à partir de mai 2021, d’un régime d’exception destiné à renforcer la sécurisation de la province.
Pour mener à bien son étude, l’auteur a mobilisé deux piliers théoriques majeurs des sciences de l’information : la théorie du cadrage (Erving Goffman et Robert Entman) et la théorie de la mise à l’agenda (Maxwell McCombs et Donald Shaw). En combinant l’approche analytique à une enquête de terrain par questionnaire auprès des professionnels de la presse, l’étude a mis en lumière des conditions d’exercice du journalisme particulièrement complexes sous l’état de siège, marquées par des contraintes d’accès aux zones d’opérations et aux sources officielles d’information.
L’un des constats majeurs de ce travail réside dans le développement de comportements d’autocensure chez plusieurs professionnels des médias. Face aux risques et aux tensions du contexte sécuritaire, certains journalistes ont reconnu avoir parfois renoncé, retardé ou modifié le traitement de sujets sensibles touchant aux opérations militaires et aux responsabilités dans le conflit.
Joël Heri Bujo qui a obtenu une mention «distinction» après cette défense publique, met en garde contre les répercussions d’un tel climat en rappelant que « lorsqu’un journaliste renonce à traiter une information par crainte de représailles, de sanctions ou de difficultés professionnelles, le public peut être privé d’une partie des informations nécessaires à la compréhension de la situation ».
Pour autant, le chercheur refuse de dresser un tableau totalement sombre ou de présenter la presse locale comme une institution totalement paralysée. Son étude met plutôt en évidence une situation ambivalente où les médias continuent d’assumer une fonction sociale essentielle. C’est notamment le cas des radios de proximité et communautaires qui demeurent des acteurs incontournables dans la sensibilisation de la population, la diffusion de messages de paix, la lutte contre la désinformation et la promotion de la cohésion sociale.
« les résultats ne conduisent pas à considérer la presse comme une institution totalement paralysée sous l’état de siège. Ils montrent plutôt une situation ambivalente, dans laquelle les médias continuent d’assumer leur fonction sociale tout en évoluant dans un environnement marqué par des contraintes sécuritaires et professionnelles importantes », indique Joël Heri Bujo.
En confirmant globalement son hypothèse générale tout en invitant à nuancer ces difficultés — qui découlent également de la précarité économique des entreprises de presse et du contexte général de guerre —, Joël Heri Bujo démontre que le défi fondamental réside dans la recherche d’un équilibre permanent entre les exigences de sécurité nationale et la préservation de la liberté d’expression.
Il plaide pour un renforcement du dialogue entre les autorités militaires et les professionnels des médias, rappelant que les mesures de sécurité doivent impérativement s’appliquer dans le respect du cadre légal, de la déontologie et du droit fondamental du public Iturien à une information libre et pluraliste.
Moïse Ulang’u